1. Je ne suis qu'ombre et me promène parmi les ombres...

     

    Un énigmatique souffle de vent caresse de ses flancs l’herbe rase de la plaine verdoyante… Magie du soir… Les fleurs sauvages d’Inië ouvrent leur corolle satinée vers un ciel d'azur, embrasé par les teintes enflammées du crépuscule rougeoyant. Peu à peu, la nature semble soupirer d’aise en se laissant soudoyer par les affres d’un sommeil naissant… Pas un bruit… Pas un mouvement ne vient troubler la quiétude du lieu solennel en repos…

    Sauf peut-être, une gitane qui se met à courir sur les herbes douces, venant effleurer ses doigts de pieds diaphanes. Une gitane ? Ses yeux sont de braise et son cœur, de feu… L’âme farouche elle saisit son masque de satin noir pour le glisser sur son visage aux teintes marmoréennes… Insaisissable derrière son loup noir, elle ne semble avoir peur de rien et se complait dans ses jeux d’inaccessibilité mystérieuse. Une étrange robe noire à dentelles vient rejoindre les courbes de son corps de jeune fille solitaire à l’âme écorchée… se lovant dans le mouvement de ses longues jambes de demi-nymphe, pour épouser les contours de sa peau volubile… Ame fuyante… Dans sa course effrénée, Ondine regarde droit devant elle de ses yeux bleus, et parait ne pas vouloir se détourner de cette route sinueuse qui la mène vers des confins inattendus… Mais où peut-elle bien courir ? Jusqu’où veut-elle aller dans le dédale de cette forêt qui vient maintenant l’étreindre entre ses branches exiguës, pour la détenir dans les méandres de ses doigts décharnés… Les brindilles et les feuilles malhabiles viennent cingler son visage et ses bras dénudés dans une course sans fin… Ondine aux yeux d’azur… Pourquoi viens-tu fuir dans les méandres imaginaires de tes vaporeuses chimères ? Pieds nus… la demi-nymphe déambule sur les feuilles d’automne qui viennent s’opposer à la plante de ses pieds noircis de terre… Jeune fille sauvage… Quelques mèches de cheveux bruns viennent enjôler son visage au sourire mutin, pour ensuite retomber devant ses yeux céruléens qui déjà cherchent las une lumière dans les ténèbres grandissantes de la chênaie, où elle s’est engouffrée dans un souffle… Mais l’esquisse souriante vient soudain mourir sur ses lèvres baignées par la rosée… Ondine s’arrête net dans sa course folle tandis que les volants de sa robe noire flottent autour d’elle, afin de la suivre dans son geste furtif…

    Je ne suis qu’ombre… Et me promène parmi les ombres…

    La demi-nymphe au cœur de verre s’avance lentement pour parvenir au-devant d’un large rideau végétal, vers lequel elle tend doucement sa main tremblante… Une étrange goutte limpide coule sur sa joue, rosée par la chaleur rayonnante qui a envahi son corps en sueur… Que va-t-elle découvrir?… derrière le feuillage énigmatique qui semble dissimuler de lourds secrets au cœur de ses entrailles ?

    Dans un ultime effort, Ondine retient sa respiration saccadée, malgré le cœur assourdissant qui vient cogner contre elle comme un tambour de guerre… Ame chancelante… Que viens-tu chercher dans les abîmes chimériques qui viennent t’envelopper de leurs ombres suaves ? Pourquoi ? Serrant les lèvres et le poing, la demi-nymphe avance une main hésitante pour écarter les herbes étranges venant lui cacher ce qu’elle veut voir. Fuir… la triste agonie de la ville qui m’entoure… Fuir la misère qui vient souiller nos rues pour affaiblir le cœur des hommes et peser sur eux comme un fardeau… Fuir l’individualisme des géants qui veulent me réduire à néant sous le poids de leur indifférence outrageante… Où sont les mains tendus et les sourires rassurants qui venaient réchauffer les âmes esseulées dans leurs chaumières ?… Je veux voir la lumière évanescente qui vacille encore devant mes yeux… Je veux la saisir pour la donner à celui qui tremble de froid dans le noir et la fraîcheur du soir d’hiver… Je veux être la flamme rassurante qui viendra réchauffer son âme lors de nocturnes veillées… Froide indifférence des villes amères… Je veux revoir la belle Atlantis qui s’évanouit dans les méandres aquatiques, et parcourir de mon pied fin les douces rues d’albâtre pour y trouver refuge… M’éloigner de ces terres maculées d’infamie, que j’ai frôlé de mes doigts blancs… Elle s’écaille sur les murs la peinture incolore qui veut se faire passer pour illusion, mais je la vois qui s’effrite entre mes douces mains inquisitrices…

    D’un geste apeuré, Ondine écarte le rideau végétal qui s’ouvre devant elle… hésitante dans ses gestes elle s’avance comme une brise légère, sur les feuilles automnales qui se soulèvent dans un tourbillon de vent autour d’elle… venant jouer malicieusement dans ses longs cheveux décoiffés… Une lumière grandit devant elle pour l’attirer dans ses feux irradiants et glacés… La demi-nymphe avance encore d’un pas, tandis que de multiples halos lumineux l’entourent afin de jouer dans son exquise robe de flanelle… Un sourire s’esquisse sur ses lèvres vermeilles, alors que ses yeux bleus s’écarquillent pour voir quelque chose que j’ai du mal à distinguer… Moi… la mystérieuse écrivaine démiurgique attablée derrière son clavier magique… Mais que voit-elle ? Si ce n'est son propre double... Moi-même...

    Je dois avouer entre ces lignes à l’encre noire… que mes yeux sont les siens et que je vois à travers elle, tout un monde chimérique dans le dédale du quotidien… De la magie dans certains regards… des yeux qui brillent sans que l’on sache bien pourquoi… Pouvez-vous croire encore pauvres mortels?… Je suis la demi-nymphe au cœur de verre… et je crois voir dans le regard de l’homme errant, une étincelle qui pourrait bien être l’espoir… la seule magie que l’on peut voir encore… Elle existe et je veux croire… Elle transparaît dans un sourire… entre les mains qui se rejoignent pour se soutenir…

    Ondine s’avance l’âme apaisée, afin de disparaître dans les affres de la lumière évanescente, accueillant là son unique protégée… Que les chimères se lèvent et que le temps se fige sur nos réveils et nos pendules… Que le morne quotidien baisse le regard… devant la belle magie que je daigne lui faire voir… Je veux le soudoyer de ma main et pour changer la face du monde, frapper encore de mes doigts blancs le clavier d’ébène aux touches surnaturelles… Magie du soir…

     

    Commenter (2)   Trackbacks (0)   

  2. Les sens en éveil

     

    Le goût…

    Dans un humble murmure, devenir brise à chaque mot,

    Qui de ses lèvres se dévoile, pour y mourir tout aussitôt.

    Et de sa bouche être parole, pour y goûter l’exquis nectar,

    Je deviens miel sur ses papilles, et pimentée comme l’épice

    Je le surprends par mes atours, qui le titillent avec malice.

     

    L’ouïe…

    Près de ses oreilles pointues, lui murmurer de belles rimes,

    Qui de ma bouche ne sortent plus, auprès de lui si je m’arrime,

    Je lui conterais maintes chimères, pour effleurer O vent amer,

    Son âme sereine, toute attentive, à la complainte qui me libère,

    Et d’une sobre ritournelle, envoûterais son cœur charnel.

     

    L’odorat…

    Je deviendrais l’exquis jasmin, pour me parer de mille parfums,

    Et pour lui plaire, j’inventerais un tourbillon de mille fragrances,

    Pour l’emporter, comme je le pense, dans les méandres des substances,

    J’enjôlerais ses deux narines, mêlant la myrrhe et le benjoin,

    Pour l’endormir, bel insouciant, dans les effluves du romarin.

     

    La vue…

    Et dans ses doux yeux pétillants, devenir la noire pupille,

    Pour y croiser, sinistre spectre, l’infâme brume du quotidien,

    Je le peindrais de mes couleurs, pour lui montrer d’autres confins,

    Le protéger des vils desseins, Lui dévoiler la douce lumière

    En extirpant le voile terne, qui vient souiller le monde austère.

     

    Le toucher…

    Dans ses deux mains, recueillir l’onde, et la saisir une seconde,

    Je m’évanouis au creux du lac, et deviens souffle dans un geste,

    Qui dans ses paumes fait défaillir, la douce nymphe complaisante,

    Mais de ces jeux tactiles dans l’eau, je me soustrais âme vacillante,

    Insaisissable dans les flots, je me dérobe à ses étreintes…

     

    Commenter (0)   Trackbacks (0)   

  3. Fondre ma peau dans les couleurs...

     

     

    Je veux me fondre dans les pages

    Pour devenir suave image

    Je veux saisir le bel onguent

    Pour devenir le doux pigment

     

    Et dans un voile de lumière

    Devenir la toile éphémère

    D’un peintre avide de mystères

    Je rêve ainsi l’humble chimère

     

    Qui de ses mains me fera naître

    Ame picturale, je voudrais être

    Une aquarelle aux douces lueurs

    Impressionniste, chaude couleur…

     

    Comme une larme sur son pinceau

    Je voudrais suivre, mais c’en est trop

    Les douces courbes du dessin

    Pour y mourir dans un écrin

     

    Sentir l’esquisse sur ma peau

    Frémir de peur qu’il en fasse trop

    Gommer les traces impudiques

    Venant souiller le fard tragique

     

    Et le toiser, du chevalet,

    Dans ses doux yeux, sur moi posés

    Je suis sa Muse et il me plaît

    C’est de sa main que je suis née

     

    Je suis l’image aux douces teintes

    Masquée de brume, je suis contrainte

    De ses crayons je suis l’esclave

    Il me libère de mes entraves

     

    Et dans un souffle de magie

    Je ne vis plus qu’à travers lui

    Je suis Madone dans ses rêveries

    Froide couleur, à l’agonie

     

    Ma peau craquelle sous l’acrylique

    Je n’aime plus cet encaustique

    Et dans un rêve de demi-teinte

    Je veux sortir dans une étreinte

     

    Quitter la toile, tendre matière

    Poser mon pied sur cette Terre

    Et regarder l’artiste voir

    Je suis l’image, l’onde du soir…

     

    Fondre ma peau dans les couleurs

    Devenir tout pour n’être rien

    Ame prisonnière entre ses mains

    Je m’évanouis dans un dessin…

     

    Commenter (0)   Trackbacks (0)